samedi, août 26, 2006

MESSE D’Enterrement du 25-08-06 de Monsieur Nicolas Mathioudakis


Papa,

Nous sommes tous réunis autour de toi et de maman, mais quand on fait un retour en arrière que de chemin parcouru depuis Marseille.

Marseille enfant d’immigré naturalisé à 8 ans. Et qui doit s’occuper de sa mère et de sa sœur. Tu vas très jeune aller travailler sur le port de Marseille pour nourrir ta famille et le soir apprendre à lire et à écrire le francais et l'anglais. Ta mère MADIAS ne parle pas le Français et ne travaille pas. Elle porte le double fardeau du départ de son deuxieme mari et de la fuite de Kios.

Mais cette pauvreté tu ne l’accepte pas, donc tu vas te battre physiquement et moralement pour sortir de cette situation. Un exemple de ton courage : en 1943 les autorités francaises et allemandes décident de nettoyer le vieux port. Les autorités organisent une rafle des étrangers (grecques, juifs, armeniens...) du vieux ports Marseille. Ils sont internées dans le camp de Fréjus par la police française. Alors à 18 ans aprés avoir échappé à la rafle, tu fais échapper ta mère et ta sœur du camp.

On ne pleure pas sur les cousins qui sont morts sous les balles des allemands ou dans les camps. Il faut se battre pour avancer. Ta vie tu ne la subies pas, tu la fais.

Après la guerre tu travailles dans des restaurants sur Marseille, mais on te propose de travailler dans le restaurant d’un grand hôtel de Toulouse. Alors tu quittes Marseille, départ définitif, tu ne regardes pas en arrière, tu avances. A Toulouse tu rencontres maman dans un bal et c’est l’amour. Tu te dis c’est la femme de ma vie, c’est l’épouse avec qui je vais construire une famille. Elle sera la mère de mes enfants. De votre union naîtra 6 enfants Georges mort à la naissance, Marc, Philip, Isabelle, Alain et Marie Hélène. Maman te suivra dans tes changements professionnels, chef de cabine dans une compagnie aérienne, commercial chez un distributeur de boisson, créateur et gérant d’un entrepôt de distribution de boisson, responsable dans une agence de la vente de fonds de commerce. A chaque fois une marche supplémentaire à franchir, à chaque fois un nouveau défit.

Tous ceci fait que ta vie professionnelle t’a beaucoup occupé. Tu n’étais pas souvent à la maison mais quand tu étais là, tu nous as fait partagé tes passions : les comédies musicales américaines, la presse et les livres. Tu avais manqué de livre dans ta jeunesse alors tu as voulu avoir ta bibliothèque. La variété des genres des livres de ta bibliothèque était le signe de ta curiosité et de ton goût pour le savoir.

Nous tes enfants sommes le résultat d’une parfaite intégration dans notre pays la France mais ce lien fondamentale avec la Grèce tu nous a aidés à le conserver en venant dans l’église où nous sommes et en assistant au rite orthodoxe grecque.

Ton amour, tu ne l’exprimais par des mots, on ne te les avait pas appris, mais plutôt par le sourire, par le regard aussi par des expressions de ton visage un peu comme les masques grecs qui exprime l’amour ou la colère. Mais ça on le découvre que plus tard. Car nous sommes dans la société du tout dire mais où on ne voit pas l’autre.

2 jours avant ton départ à l’hôpital tu nous as fait le cadeau. Tu ne pouvais pas parler mais tu avais ce regard et parfois certaines expressions du visage qui nous montraient que tu nous aimais.

Aujourd’hui la cathédrale est loin d’être pleine, alors que si toute les personnes qui t’on croisé au cours de ta vie, étaient venues, il aurait fallu faire la cérémonie à Notre Dame de la Garde.

On aurait pu leur dire que tu es et tu restes un exemple pour nous et que tu l’es aussi pour les immigrés et les enfants d’immigrés. Tu es un exemple que par le travail et la volonté on peut dirigé sa vie.

PAPA nous t’aimons, Papa tu nous manques.

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